Thierry Reverchon, son pilote, à cette époque-là (et depuis presque toujours puisqu’il est né en Afrique) habite Abidjan, en Côte d’Ivoire.
Il travaille avec sa femme dans le restaurant russe de celle-ci, mais a également beaucoup d’autres activités là-bas.
C’est lui qui par exemple, depuis plusieurs années, organise des voyages touristiques en camions aménagés, par les 3 pistes TransSahariennes , entre Abidjan et Tunis, vous dire si il connaît comme sa poche le continent Africain….
On pourrait passer des heures à vous raconter la genèse de sa compagnie, comment il a récupéré des camions Berliet qui avaient été commandés par la compagnie d’aviation UTA et qui avaient été abandonnés 2 ans dans le Sahara après que des rebelles Toubou aient attaqué le convoi.
On y reviendra une autre fois, Thierry mérite un livre pour raconter sa vie (et ça continue encore !!!) mais sachez quand même qu’il a ramené les camions depuis Bobo-Dioulasso jusqu’à Abidjan sans avoir le permis camion….
Cet épisode lui donnera d’ailleurs des informations précieuses pour ses participations au Dakar.
Toujours est-il, qu’au début de cette année 82, il possède plusieurs camions pour sa compagnie TransSaharienne, et plusieurs Land Rover qu’il fait entretenir dans un hangar/atelier par des employés locaux à Abidjan.
Thierry est également un passionné de sport automobile depuis très longtemps, il a d’ailleurs participé à plusieurs rallyes quand il habitait en France, du côté de Perpignan et a possédé 3 R8 Gordini préparées et une Formule 3!
Il baigne donc dans ce milieu du sport automobile Africain, d’autant qu’il habite la rue derrière celle où réside… un certain Jean-Claude Bertrand, organisateur des Abidjan-Nice, Côte d’Ivoire-Côte d’Azur ( Côte-Côte) et 5x5 (5 continents) et des rallyes du Bandama !
Ils se connaissent bien puisque Thierry organise avec sa compagnie le suivi des fameux Abidjan-Nice avec des camions, et qu’il va voir chaque année les éditions du Bandama !!
C’est d’ailleurs lors d’une de ces précédentes éditions qu’il avait remarqué le Team Aseptogyl de Bob Neyret . L’équipe avait débarqué avec plusieurs 504 préparées pour les filles du team et une très spéciale pour Bob et son copilote, Jacques Terramorsi.
Cette voiture avait la particularité, en plus d’une préparation très poussée (moteur de série malgré tout mais suspensions spécifiques Bandama, pont court,…) d’avoir une carrosserie quasiment entièrement en polyester, extrêmement légère.
Bob Neyret l’avait faite réaliser à Grenoble, chez Michel Jacquier-Laforge, dans sa carrosserie qui s’appelait «Squale ». La voiture pesait moins de 1.000 kg !!!
Neyret l’avait inscrite au rallye de Bandama 1974 mais avant le départ il l’avait faite essayer à Makinen, pilote officiel Peugeot.
Celui-ci en a parlé au responsable des courses de Peugeot à l’époque, Monsieur Allégret.
« Cette voiture préparée chez Peugeot avec des suspensions compétition usine, serait imbattable dans les rallyes africains » dixit Makinen.
Immédiatement, Monsieur Allégret contacte Bob :
« …. si je revois cette voiture dans un rallye, je vous supprime toutes les aides pour votre écurie féminine Aseptogyl ! »
Neyret a donc pris le départ du rallye où finalement il abandonne très rapidement pour une légère sortie de route suite à une touchette avec un concurrent !!
Il se « débarrasse » presque de cette voiture et la laisse à Abidjan, chez l’importateur Peugeot, à l’époque Monsieur André Blanc, qui l’a vendue pour lui à un pilote français résidant en Côte d’Ivoire, au palmarès quasiment aussi impressionnant que les Ambrosino ou Assef, Michel Mitri.
Mitri va donc conserver cette 504 usine pendant plusieurs années (il courait tous les Bandama et autres rallyes principalement sur Datsun), mais en ce début d’année 1981, il décide de s’en séparer.
Grande aubaine pour Thierry Reverchon, qui va pouvoir lier son activité professionnelle avec sa passion du sport auto, puisque, tombé raide-amoureux de ce proto après l’avoir essayé sur la fameuse bosse de « la Djibi », prologue du Bandama, il va acquérir la voiture et …l’utiliser pour ses déplacements !!
Thierry se rappelle qu’il allait ainsi jusqu’à Mopti en écrasant la semelle de droite (Ah oui, Thierry avait également une activité touristique sur le mythique Niger, utilisant des pirogues de 25 mètres pour des navigations de 4 jours entre Mopti jusqu’à Kabara, le port de Tombouctou !).
C’est donc ainsi que, très vite amoureux de sa nouvelle 504 proto usine, Thierry envisage de participer au Dakar 1982 avec cette voiture.
Son option de l’an passé (Politechnic et des 505 préparées terre par le sorcier Michel Jacquier-Laforge) n’étant toujours pas possible, le choix de la 504 s’impose immédiatement à lui.
De plus, Thierry pense que pour gagner un Dakar, surtout pas besoin d’un 4x4 lourd et imposant... Suspensions, légèreté et coup d’œil sont les meilleures armes!
Pour lui, un Dakar se joue sur deux fronts :
- Une très bonne connaissance du terrain et une lecture très fine du sol.
De ce côté, l’Afrique quasi entière ( plus d’un million de Km en Afrique !!) n’a aucun secret pour lui, ses expéditions en camions et autres véhicules font qu’il sait passer absolument partout.
Les camions lui ont même permis de penser qu’une deux roues motrices est sûrement bien plus efficace qu’un 4x4, rares sont les moments où il utilise ses Berliet en transmission intégrale.
Par contre, il faut savoir où passer et repérer la portance du terrain en fonction des couleurs du relief par exemple…
- Et puis, il faut un véhicule léger !
Depuis ses premières heures de pilote, peut-être à cause de sa corpulence charpentée, Thierry a une obsession, gagner du poids sur ses voitures.
C’est d’ailleurs un point commun qu’il avait avec la préparation du proto 504 de Bob Neyret.
Outre la carrosserie en polyester, tous les moyens avaient été imaginés pour avoir une voiture la plus légère possible. Les montants de pare-brise, les montants de portière, les poignées de portes, les pédales, tout avait été percé par une multitudes de trous sur la Peugeot, ce qui lui donnait un look usine complètement unique!
Mais Thierry veut aller encore plus loin dans cette quête de la légèreté.
Il trouve que le porte à faux arrière de la 504, avec ce coffre plongeant, risque de poser des soucis en cas de difficultés.
Très souvent en effet, dans des passages compliqués, le copilote de ces rallyes de l’époque avaient l’habitude de sortir de la voiture et grimper à l’arrière de celle-ci pour générer un meilleur appui sur l’essieu moteur.
Thierry n’est pas du tout emballé par ce coffre qui risque de gêner lors d’une telle manœuvre avec son côté plongeant…et surtout de diminuer l’angle de fuite risquant d’accrocher du cul les obstacles dans les passages trialisants.
Ni une, ni deux, il décide de le couper juste après les roues arrières !
L’idée est de réaliser un look « queue tronquée », à l’exemple de l’Alfa Roméo Giulia TZ avec le concept de la forme K ou queue Kamm…
Pour se faire, il va demander à l’un de ses employés destiné à entretenir ses camions et autres Land Rover, Lô, un gentleman Sénégalais soudeur/orfèvre hors pair mais également artiste, de réaliser la modification.
Ce NOBEL de la carrosserie va s’en charger en coupant la carrosserie et fermer celle-ci par un système complètement démontable qui permettait, une fois enlevé, d’avoir accès à tout l’arrière du véhicule.
Ce système s’enlevait très facilement (attaches en caoutchouc) et avait été entièrement réalisé à la main et marteau de carrossier par Lô, à partir d’une tôle qu’il avait formée en se servant d’une culasse de Land diesel comme enclume !
Une barre avait également été rajoutée à l’arrière pour faire office de pare-choc, mais également pour permettre au copilote de se transformer en singe si besoin !
Du coup, une seconde barre avait été rajoutée au-dessus de la custode arrière afin de permettre à celui-ci de s’agripper sans risquer de lâcher prise.
(Thierry se rappelle que le système a été essayé plusieurs fois bien avant le rallye, à Abidjan, avec ses amis qui se faisaient un plaisir de s’accrocher à l’arrière de la voiture pour faire le tour de la ville façon Ben Hur !)
Pour affronter les longues étapes du Dakar, Thierry mit également un énorme réservoir de camion à l’arrière que Lô fixa solidement sur une plaque en caoutchouc dense au plancher de la voiture avec deux armatures métalliques (feuillards de 50 mm) boulonnés sur une contreplaque..
Afin d’avoir accès rapide et hyper accessible aux pièces de secours minimum brêlées à la place des sièges passagers arrières évidemment éjectés, Thierry décida également de changer l’ouverture des portes arrières.
La carrosserie en polyester n’a pas de portes autres que celles du pilote et du copilote, tout le reste est d’un seul tenant. Il découpe malgré tout un système d’ouverture sur toute la partie après les portes avant. Il conçoit un système d’ergots au pied des « portes arrières » et une fois celles-ci engagées dans les ergots, un tendeur venait en haut les maintenir fermées et serrées.
Dès qu’il y avait besoin d’ouvrir « l’arrière/magasin », il suffisait d’enlever le tendeur, de soulever un peu la portière et de l’enlever complètement. Simple, mais génial !
Une prise d’air supplémentaire à l’avant , dépassant du capot pour refroidir le moteur et forcer l’admission d’air et voilà, 6 mois avant le Dakar, la voiture était prête !
(C’est peut-être l’un des records de cette histoire, rarement une voiture pour le Dakar ne fût prête aussi longtemps avant !).
